Le général Éric Prigent, né le 9 février 1959 à Lorient, est un officier de l’armée de Terre dont la carrière a été profondément marquée par deux constantes : les troupes aéroportées et le renseignement.
Officier de la promotion 1981-1983 de l’Académie militaire de Saint-Cyr, il choisit très tôt de servir dans l’arme des Transmissions et, plus particulièrement, chez les parachutistes. Un choix qui, dès ses années de formation, relève autant d’une conviction que d’un véritable coup de cœur.
La découverte des Transmissions parachutistes
À Saint-Cyr Coëtquidan, Éric Prigent s’intéresse rapidement à l’arme des Transmissions. Il y voit une arme moderne, au cœur du fonctionnement des forces, mais surtout un domaine dans lequel le jeune lieutenant chef de section semble disposer de responsabilités importantes.
La découverte des Transmissions parachutistes va cependant transformer cette première inclination en véritable vocation.
Lors du passage du brevet parachutiste à Pau, à l’École des troupes aéroportées, les élèves officiers assistent à un saut et découvrent la Compagnie de Transmissions Parachutiste de la 11e Division Parachutiste. Pour le jeune Saint-Cyrien, c’est une révélation.
Il découvre une unité dont l’atmosphère lui apparaît à la fois chaleureuse, sportive, guerrière et sans prétention. Lui qui se définit déjà comme un « fana para » comprend qu’il vient de trouver sa voie : il sera transmetteur parachutiste.
Son choix surprend d’ailleurs son entourage. Lorsqu’il l’annonce, le capitaine chef de section lui demande s’il est réellement certain de sa décision. Le jeune officier mesure parfaitement le défi : il lui faudra sortir brillamment de l’École d’application des Transmissions pour pouvoir choisir la compagnie qu’il convoite.
Il tient bon.
De Saint-Cyr à Montargis
Nommé sous-lieutenant à l’issue du Triomphe de Coëtquidan en juillet 1983, Éric Prigent rejoint, le 1er septembre 1983, l’École d’application des Transmissions à Montargis.
Il y découvre une arme qu’il juge immédiatement moderne, exigeante et profondément opérationnelle. Les Transmissions ne sont pas, à ses yeux, une spécialité purement technique : elles sont au service du commandement et de la manœuvre.
Il s’intéresse notamment au fonctionnement des compagnies de transmissions divisionnaires, dont la mission impose mobilité, endurance, disponibilité et capacité d’adaptation. Les systèmes doivent être déployés avant l’arrivée des unités qu’ils doivent soutenir et rester en place jusqu’au départ des dernières formations.
Cette réalité correspond parfaitement à sa conception du métier de soldat.
Son classement lui permet finalement de réaliser son objectif. Malgré les conseils de plusieurs cadres qui lui recommandent une affectation jugée moins risquée pour sa carrière, il reste fidèle à son choix.
Il choisit la 14e Compagnie de Transmissions Parachutiste.
1er août 1984 : la 14e CTP
Le 1er août 1984, le lieutenant Éric Prigent rejoint à Toulouse la 14e Compagnie de Transmissions Parachutiste, unité élémentaire du 14e Régiment Parachutiste de Commandement et de Soutien, au sein de la 11e Division Parachutiste.
Il mesure immédiatement l’honneur qui lui est fait de rejoindre une unité dont les traditions plongent leurs racines dans l’histoire des Transmissions aéroportées françaises.
La filiation de la compagnie s’inscrit en effet dans une longue histoire, qui remonte aux formations de Transmissions constituées pendant la Libération et se poursuit à travers les grandes unités aéroportées de l’après-guerre, notamment les 80e et 75e compagnies de transmissions, les 341e et 342e compagnies, les 60e et 75e compagnies de transmissions aéroportées, puis la 61e Compagnie de Transmissions et le 61e Bataillon de Commandement et de Transmissions.
En août 1977, le 61e BCT devient le 14e Régiment de Commandement et de Transmissions Parachutistes, qui deviendra en juillet 1979 le 14e Régiment Parachutiste de Commandement et de Soutien. La 14e CTP constitue alors la compagnie de transmissions de la 11e Division Parachutiste.
Pour le jeune lieutenant, cette histoire impose une exigence : être à la hauteur de ceux qui l’ont précédé.
« J’ai donc conscience de l’honneur que me font ces brillantes unités auréolées de l’héroïsme et du prestige des anciens qui m’ont précédé. J’ai aussi la lourde mission de me montrer à leur hauteur. »
Une compagnie de parachutistes avant d’être une compagnie de Transmissions
À son arrivée, Éric Prigent découvre une compagnie où la culture parachutiste occupe une place centrale.
La devise pourrait être résumée ainsi : « Saint-Michel avant Saint-Gabriel ».
Le nouveau lieutenant commence par suivre à Pau le stage de chef de section parachutiste. Pendant un mois, il enchaîne les sauts, les exercices tactiques et les formations spécifiques nécessaires à l’emploi opérationnel d’un chef de section parachutiste.
De retour à Toulouse, il prend le commandement de la section dite de « l’antenne logistique ».
Son adjoint est alors l’adjudant Georges Gény, sous-officier expérimenté, moniteur parachutiste, figure charismatique de la compagnie et véritable incarnation de l’esprit parachutiste.
Entre les deux hommes, la relation commence parfois par des affrontements mémorables. Mais derrière les « coups de gueule » se construit une profonde estime réciproque. Gény transmet au jeune officier bien plus que des savoir-faire : il lui apprend à commander avec le cœur.
Une amitié profonde naît entre eux.
La disparition ultérieure de Georges Gény laissera une empreinte durable chez Éric Prigent, qui conservera de son ancien adjoint le souvenir d’un homme qui incarnait pleinement l’esprit para.
Une vie opérationnelle intense
À la 14e CTP, le quotidien est particulièrement exigeant.
Sport, instruction tactique et technique, entretien des matériels, préparation des exercices et des manœuvres, sauts de jour et de nuit, tests physiques, périodes de camp à Caylus, tirs, marches, bivouacs et parcours de risque rythment la vie de la compagnie.
À cela s’ajoute la spécificité des Transmissions : être toujours parmi les premiers à arriver et les derniers à repartir.
Les moyens de communication doivent être installés avant que les postes de commandement ne soient opérationnels et maintenus jusqu’à leur départ.
Éric Prigent progresse rapidement et exerce successivement les responsabilités de chef de section de PC avant, puis de chef du détachement des Transmissions aéroportées, appelé à sauter avec l’état-major.
Pour lui, cette dernière fonction constitue une véritable consécration.
Le Tchad : première opération extérieure
En 1987, alors qu’il doit prochainement quitter la compagnie, Éric Prigent se trouve face à un choix important.
Il peut poursuivre sa préparation au stage de moniteur parachutiste ou partir en opération extérieure.
À cette époque, les OPEX ne constituent pas encore le rythme habituel des carrières militaires. Une telle mission se mérite et suppose que l’officier soit considéré comme suffisamment préparé.
Il choisit l’opération.
La destination sera le Tchad, dans le cadre de DAMI Sud-Tchad, où il participe notamment à des missions d’intégration de milices locales au sein des FANT ainsi qu’à des actions de formation professionnelle.
Cette première expérience opérationnelle confirme son goût pour les missions exigeantes et pour les environnements humains et géopolitiques complexes.
Retour à Toulouse : commandant de la 14e CTP
En août 1990, Éric Prigent retrouve Toulouse.
Entre-temps, le monde a profondément changé. La chute du mur de Berlin, en novembre 1989, marque la fin d’une époque. Pour les armées françaises, une nouvelle période commence.
Éric Prigent prend alors le commandement de la 14e Compagnie de Transmissions Parachutiste.
La compagnie a elle aussi changé. Elle s’est professionnalisée et compte désormais plus de 250 personnels, parmi lesquels de nombreux sous-officiers hautement qualifiés.
Le commandant de compagnie s’appuie largement sur ses cadres et notamment sur les sous-officiers les plus anciens, héritiers directs de la culture et des traditions du 61e Bataillon de Transmissions Aéroportées.
Une compagnie confrontée à l’accélération des engagements
Sa prise de commandement intervient au moment où les armées françaises entrent dans une période d’engagement opérationnel presque permanent.
La première guerre du Golfe, les opérations au Moyen-Orient, en Afrique puis dans les Balkans vont profondément modifier l’emploi des forces.
Pour la 11e Division Parachutiste et son régiment de commandement et de soutien, la disponibilité opérationnelle devient permanente.
Le principe traditionnel d’une organisation associant un chef, une mission et des moyens cède progressivement la place à une logique de réservoir de forces. Les personnels et les matériels de la compagnie sont engagés par détachements, parfois au profit d’unités constituées pour une mission particulière.
Cette période impose au commandant de compagnie de concilier une très forte demande opérationnelle avec la nécessité de maintenir l’instruction, la préparation technique et la cohésion de ses personnels.
Éric Prigent conservera de cette période une conviction forte : la compétence exceptionnelle des transmetteurs repose sur un équilibre entre maîtrise technique, exigence professionnelle, esprit parachutiste et solidarité.
Une nouvelle orientation : le renseignement et les Balkans
Après son passage à la 14e CTP, Éric Prigent oriente progressivement sa carrière vers le renseignement, les relations internationales et les Balkans.
Il suit notamment le cursus de l’École d’état-major de Saragosse, en Espagne, en 1994, puis approfondit sa connaissance de la région par des études linguistiques et universitaires.
Diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), il étudie notamment les langues et civilisations balkaniques et maîtrise le serbe et le croate, en complément de l’anglais et de l’espagnol.
Cette orientation répond à une aspiration ancienne : ne pas limiter son parcours à celui d’un officier d’état-major, mais pouvoir comprendre les sociétés, les langues et les cultures dans lesquelles les militaires français sont appelés à intervenir.
Au cœur des opérations dans les Balkans
De 1996 à 1997, il sert au sein d’un bureau de liaison avec les factions dans le cadre des opérations IFOR puis SFOR en Bosnie-Herzégovine.
Il participe ensuite, de 1999 à 2001, aux missions liées à la recherche des criminels de guerre dans l’ex-Yougoslavie.
De juillet 2001 à janvier 2002, il exerce les fonctions de conseiller pour le renseignement du général commandant les forces françaises en Bosnie.
Cette expérience dans les Balkans constitue un tournant majeur de sa carrière et renforce sa spécialisation dans le renseignement, la coopération internationale et les questions de défense.
Attaché de défense : représenter la France
Son parcours le conduit également à exercer les fonctions d’attaché de défense auprès des ambassades de France.
À Sarajevo, puis à Zagreb en 2010, il représente le ministère français de la Défense auprès des autorités locales et assiste les ambassadeurs de France dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Cette mission correspond particulièrement à la conception qu’il s’est progressivement forgée de son métier : comprendre les situations, établir des relations de confiance, analyser les rapports de force et représenter la France dans des environnements internationaux complexes.
Le renseignement au cœur de ses responsabilités
De 2005 à 2006, il dirige le bureau de la lutte contre les réseaux de prolifération de la Direction du renseignement militaire.
De 2006 à 2010, il est commandant en second du Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR), à Strasbourg.
En 2010, il rejoint les Nations unies au Liban, où il dirige le bureau des opérations avant d’assumer les fonctions de sous-chef d’état-major chargé du renseignement, des opérations et de la planification.
Il poursuit parallèlement sa formation. Il est notamment diplômé de la 5e promotion du Collège interarmées de défense, auditeur de la Faculté des sciences islamiques de Sarajevo et auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
L’IHEDN et la transmission auprès de la jeunesse
À partir de 2013, Éric Prigent rejoint l’IHEDN, où il exerce les fonctions d’auditeur puis de chef de bureau.
Il y anime de nombreux séminaires consacrés aux questions de défense et de sécurité, en métropole comme dans les départements et territoires ultramarins.
Il s’investit tout particulièrement dans les domaines de la jeunesse, de la cohésion nationale et de la citoyenneté.
Après les attentats qui frappent la France en 2015, il reçoit notamment pour mission de renforcer les liens entre l’IHEDN et les jeunes issus de quartiers fragilisés. Il soutient les associations présentes sur le terrain et développe des actions autour de l’esprit de défense.
Cette nouvelle mission prolonge finalement une constante de toute sa carrière : transmettre.
Transmettre des compétences, une expérience, une culture de défense et, surtout, donner aux jeunes les moyens de comprendre la Nation et les responsabilités qui leur incombent.
Il intervient ainsi dans différents médias, associations et structures de réflexion, participe à des actions de dialogue interreligieux et rencontre régulièrement des jeunes dans les quartiers fragilisés.
Il intervient également comme conférencier sur les questions de défense et de sécurité et contribue à l’ouvrage collectif Vivre ensemble ou mourir comme des idiots, au sein du collectif « Le Ministère du Vivre Ensemble ».
Une nouvelle responsabilité territoriale
De 2017 à 2019, il est délégué militaire départemental de la Seine-Maritime.
Cette fonction lui permet de poursuivre son action au plus près des territoires, des élus, des acteurs institutionnels, du monde associatif et de la jeunesse.
En 2019, il est nommé général de brigade dans la deuxième section de l’armée de Terre.
Une fidélité intacte à l’esprit parachutiste
Le parcours du général Éric Prigent est celui d’un officier qui a progressivement élargi son champ d’action sans jamais renier ses premières convictions.
Le jeune Saint-Cyrien qui, en découvrant une compagnie de Transmissions parachutiste à Pau, avait décidé qu’il serait « transmetteur parachutiste » a ensuite parcouru de nombreux théâtres et exercé des responsabilités dans des domaines aussi variés que le commandement, les Transmissions, le renseignement, les opérations internationales, la coopération de défense et la transmission de l’esprit de défense auprès de la jeunesse.
Mais la 14e CTP occupe une place particulière dans cette trajectoire.
Il y a appris le commandement au contact des hommes, l’exigence opérationnelle, la valeur de la compétence technique, le sens de la mission et surtout la force de la cohésion.
Il y a également découvert que le véritable esprit d’une unité ne réside pas seulement dans ses traditions ou ses insignes, mais dans les femmes et les hommes qui les font vivre.
Décorations, formations et langues
Le général Éric Prigent est :
- Officier de la Légion d’honneur ;
- Officier de l’Ordre national du Mérite ;
- diplômé de l’Académie militaire de Saint-Cyr ;
- diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), en études balkaniques et langues serbe et croate ;
- stagiaire de l’École d’état-major de Saragosse en 1994 ;
- diplômé de la 5e promotion du Collège interarmées de défense ;
- auditeur de la Faculté des sciences islamiques de Sarajevo ;
- auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
Il maîtrise l’anglais, l’espagnol, le serbe et le croate.
Une nouvelle vie consacrée à la transmission
Après sa carrière militaire, Éric Prigent poursuit son engagement sous d’autres formes.
Il crée et anime une activité dans le domaine du tourisme, tout en conservant une activité d’enseignement, notamment en français, anglais et espagnol.
Cette nouvelle étape ne constitue pas une rupture avec son parcours. Elle en prolonge au contraire l’une des dimensions essentielles : la transmission des connaissances, des expériences et des cultures.
De la 14e Compagnie de Transmissions Parachutiste aux Balkans, du renseignement militaire aux ambassades, des opérations extérieures à l’IHEDN, son parcours illustre finalement une même volonté : servir, comprendre et transmettre.
Pour les anciens de la 14e CTP et, plus largement, pour l’ANATAP, son témoignage rappelle aussi que la richesse d’une unité ne se mesure pas seulement aux opérations auxquelles elle participe, mais à ce qu’elle transmet à ceux qui la rejoignent et à ceux qui, des décennies plus tard, continuent de porter sa mémoire.
Le parcours du général Éric Prigent témoigne ainsi de la permanence d’un esprit : celui des Transmissions parachutistes, fait de compétence, d’engagement, de solidarité, d’exigence et de fidélité.








