Les 22 et 23 août, le Président de l’ANATAP a organisé une activité associant randonnée en montagne, effort physique et devoir de mémoire, sur les chemins du plateau des Glières. Une sortie qui a réuni Patrick, Thierry, Véronique, Jean-Marc et Frédéric et ses filles, ces dernièrs participant notamment à la découverte du site historique du plateau des Glières.
L’objectif de cette activité était double : partager un moment sportif dans un environnement montagnard remarquable, tout en marchant sur les traces de celles et ceux qui, en 1944, ont choisi de résister au nazisme et au régime de Vichy.
Une montée vers le plateau des Glières
Le samedi 22 août, le groupe a pris le départ de La Balme-de-Thuy, à 584 mètres d’altitude, pour rejoindre progressivement le plateau des Glières.
Le parcours empruntait notamment le GR 96, avant de poursuivre par le Camp des Insurgés et Notre-Dame-des-Neiges, pour atteindre le plateau.
Cette première journée représentait une véritable étape sportive : le dénivelé, le terrain de montagne et le poids des sacs ont demandé aux participants endurance et solidarité. Chacun avançait à son rythme, dans un esprit de groupe qui constitue l’un des intérêts majeurs de ces rendez-vous associatifs.
Après l’effort, le groupe a rejoint le secteur du plateau avant de gagner le Monument national à la Résistance, lieu emblématique de la mémoire des Glières.
La soirée s’est poursuivie autour d’une nuit en dortoir chez la Constance, permettant de partager un moment convivial avant la seconde journée de randonnée.
Les Glières : quand un itinéraire de montagne devient un chemin de mémoire
Difficile de parcourir le plateau des Glières sans mesurer la dimension historique du lieu.
Au début de l’année 1944, la Haute-Savoie est devenue l’un des principaux foyers de la Résistance. Le plateau des Glières présente alors un intérêt stratégique particulier : son isolement et sa configuration en font une zone adaptée aux parachutages d’armes destinées aux maquisards.
Le 31 janvier 1944, environ 150 hommes de l’Armée secrète rejoignent le plateau sous le commandement du lieutenant Théodose Morel, dit « Tom » Morel, afin d’organiser la réception des parachutages. D’autres résistants les rejoignent ensuite, notamment des républicains espagnols et des Francs-tireurs et partisans. Les effectifs atteignent environ 460 hommes à la fin du mois de mars.
Le plateau devient alors le théâtre d’un affrontement particulièrement violent.
La devise adoptée par les maquisards, « Vivre libre ou mourir », résume l’engagement de ces hommes qui, malgré des moyens très inférieurs à ceux de leurs adversaires, choisissent de tenir leurs positions.
Le 10 mars 1944, Tom Morel est tué à Entremont. Le capitaine Maurice Anjot prend alors le commandement du maquis. Quelques jours plus tard, la situation devient critique : les forces de Vichy, puis la Wehrmacht, renforcent la pression autour du plateau. Le 26 mars, devant des forces allemandes très supérieures en nombre et en armement, Anjot ordonne la dispersion du maquis.
La dispersion ne signifie cependant pas la fin des combats. Les maquisards sont traqués dans les jours et les semaines qui suivent. Arrestations, exécutions et déportations frappent les résistants et certains habitants qui les ont aidés.
Les sources historiques du ministère des Armées recensent 129 maquisards tués dans les combats et la répression qui suit, tandis que d’autres sources historiques évoquent un bilan plus large selon la période et le périmètre retenus.
Le Monument national à la Résistance
Arriver au Monument national à la Résistance donne une autre dimension à la randonnée.
Érigée en 1973 à l’initiative des rescapés des Glières et conçue par le sculpteur Émile Gilioli, cette œuvre est devenue l’un des symboles majeurs du site. Inauguré le 2 septembre 1973 par André Malraux, le monument évoque à la fois la Résistance, le sacrifice et l’espoir.
Pour les participants, cette étape constitue le point de rencontre entre le chemin parcouru physiquement et celui parcouru par les résistants quatre-vingt-deux ans plus tôt.
La montagne que l’on découvre aujourd’hui comme un espace de randonnée fut alors un territoire de clandestinité, de ravitaillement, de parachutages et de combats. Les paysages paisibles du plateau contrastent avec la violence des événements qui s’y sont déroulés durant l’hiver et le printemps 1944.
Marcher pour se souvenir
Cette sortie de l’ANATAP prend ainsi tout son sens : la pratique sportive devient un moyen de transmettre la mémoire.
Marcher, monter, franchir les difficultés du terrain et parvenir au plateau permet aussi de mieux appréhender, sans prétendre reproduire leur expérience, les conditions physiques particulièrement difficiles auxquelles les maquisards ont été confrontés.
Le secteur de La Balme-de-Thuy rappelle d’ailleurs directement ces événements. Dans la nuit du 27 au 28 mars 1944, après l’ordre de dispersion donné par le capitaine Anjot, un groupe de maquisards est pris sous le feu allemand dans le défilé de Morette, sur le territoire de La Balme-de-Thuy. Plusieurs hommes sont tués, tandis que les blessés et prisonniers sont exécutés. Les corps seront ensuite regroupés à Morette, où sera progressivement constituée la nécropole des Glières.
Le parcours choisi permet donc de relier concrètement les lieux, les paysages et les événements : de La Balme-de-Thuy au plateau, puis jusqu’au monument, la randonnée devient un véritable circuit de mémoire.
Une deuxième journée entre montagne et convivialité
Après une nuit passée chez la Constance, la journée du dimanche 23 août a été consacrée à la poursuite de l’activité en montagne, avec un circuit autour du plateau en cours d’élaboration, avant le retour vers La Balme-de-Thuy.
Au-delà de la performance physique, cette deuxième journée a permis de prolonger les échanges entre les participants et de conserver l’esprit convivial qui accompagne les activités de l’ANATAP.
Avec les sacs à dos, les affaires nécessaires à la nuit en refuge et les repas préparés pour les deux journées, chacun a également expérimenté les contraintes simples d’une randonnée itinérante en montagne.
Sport, histoire et transmission
Cette sortie illustre parfaitement l’esprit que l’ANATAP souhaite donner à ses activités : associer la pratique sportive, la découverte de notre patrimoine et la transmission de la mémoire combattante.
Sur le plateau des Glières, cette association prend une résonance particulière. Chaque pas rappelle que ces montagnes ne sont pas seulement un magnifique terrain de randonnée : elles furent également, en 1944, le cadre de l’un des épisodes les plus marquants de la Résistance en Haute-Savoie.
En parcourant aujourd’hui ces chemins en famille et entre amis, les participants contribuent à leur manière à faire vivre cette mémoire.
Se souvenir, c’est aussi continuer à transmettre.












































