Défense info du 24 août 2026

Le général Henri Pinard Legry, le général Emmanuel de Richoufftz et le général Henri Roure ont participé à un entretien dans le cadre du « Dialogue franco-russe », avec sa directrice Irina Dubois. Durée une petite heure.

Ils ont traité du conflit en Ukraine, parlé des États-Unis, de la Russie, des puissances européennes, de l’OTAN, des intérêts des uns et des autres, de l’avenir de la France et de quelques autres aspects.Ils ont pris des positions qui ne reflètent pas forcément celles de tous les membres du CRI. On y découvrira  en particulier l’existence du Cercle Patria.

Deux Casques bleus éthiopiens tués dans une embuscade au Soudan du Sud

24/08/2026 

Photo MINUSS

Après la mort de deux de ses Casques bleus, ce lundi, au Soudan du Sud, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a déployé une force de réaction rapide pour sécuriser la zone et appuyer les opérations d’urgence.

L’embuscade a été tendue aujourd’hui par des individus armés non identifiés à une patrouille de Casques bleus en route vers Pajut, dans l’État de Jonglei. 

Outre les deux Casques bleus éthiopiens tués lors de cette attaque, sept autres personnes ont été blessées, dont trois Casques bleus, deux membres de la Police nationale du Soudan du Sud et deux membres du personnel civil. La mort de ces deux Casques bleus portent à 11 le nombre de tués dans leurs rangs en 2026 au Soudan du Sud; pour rappel, 9 y ont péri en 2025 et 168 depuis le début de la mission au Soudan du Sud. 

Les principaux contributeurs sont l’Inde, le Rwanda, le Nepal, le Bangladesh, l’Ethiopie et la Chine (c’est d’ailleurs un général chinois qui commande les 10 300 militaires et policiers de la MINUSS).

Regain de tensions
Cette embuscade intervient alors que les exactions se multiplient et que des attaques lancées par des groupes armées ont fait des centaines de morts et provoqué une hausse du nombre de déplacés.

Le pays connaît aussi une intensification des affrontements entre les forces loyales au président Salva Kiir et celles de son rival historique, Riek Machar, actuellement emprisonné.

Ces tensions s’expliquent par la tenue, en décembre si tout va bien, des premières élections en 15 ans au Soudan du Sud. La perspective de ce scrutin pourrait alimenter un conflit qui s’intensifie depuis plusieurs mois et accroître le risque d’atrocités, selon une commission des Nations unies dans un rapport diffusé le 20 août.

Otan: un questionnaire US fait craindre un chantage du type « votre loyauté contre nos soldats »

24/08/2026 

Mi-juin, le secrétaire américain à la Guerre Pete Hegseth avait annoncé un examen de la présence militaire des États-Unis en Europe. Cet examen doit permettre de réévaluer « la présence des forces américaines et leur implantation en Europe », avait-il affirmé, lors d’une réunion des ministres de la Défense de l’Otan au siège de l’Alliance, à Bruxelles. Voir mon post consacré à ce sujet.

Dans le cadre de ce réexamen, « conçu pour garantir que l’Otan progresse rapidement et irréversiblement vers une Europe aux commandes, qui assume la responsabilité principale de la défense du continent », avait précisé Hegseth, l’Administration Trump aurait soumis à ses alliés de l’Alliance atlantique un questionnaire sur leur degré d’adhésion à la nouvelle politique US vers un Nato 3.0, sur leur soutien politique et industriel aux Etats-Unis et sur leur loyauté idéologique envers Washington. Ce document de trois feuillets est intitulé « Questions for NATO Allies & Other Key Stakeholders ». 

C’est ce que l’agence Bloomberg a annoncé le 14 août, dévoilant certains thèmes abordés et certaines des questions posées aux alliés otaniens. L’Administration Trump veut savoir, par exemple, si ces alliés ont « publiquement exprimé leur soutien à la politique étrangère des États-Unis », ont « interdit aux États-Unis d’utiliser leurs bases à des fins militaires, y compris lors des opérations de Washington en Iran et au Venezuela », ont « dépensé des fonds auprès de prestataires américains du secteur de la défense »…

Voici une copies des trois pages de questions: 

Visiblement, l’accueil chez les autres pays membres de l’Otan a été pour le moins froid. Beaucoup ne souhaitent pas s’aligner inconsidérément sur une politique US qu’ils jugent erratique et risquée. Bloomberg parle même de « réactions extrêmement négatives »! Certaines capitales européennes refusent de se faire tordre le bras et d’être victimes d’un chantage du type « votre alignement indiscuté contre nos soldats et nos armements ». Bien sûr, un tel chantage n’est absolument pas ouvertement exprimé dans le document mais personne n’est dupe de ce côté de l’Atlantique.

De l’autre côté de l’océan, ce questionnaire ne fait pas non plus l’unanimité. « Tester la loyauté ne contribue à bâtir la loyauté; au contraire ça l’affaiblit », ont ainsi conclu Mara Karlin (une ancienne Assistant Secretary of Defense for Strategy, Plans, and Capabilities) et Julianne Smith (ex-US Permanent Representative to NATO de 2021 à 2024) dans une tribune publiée sur DefenseOne, le 23 août.

En attendant de connaître les coupes dans le dispositif US en Europe, l’Otan poursuit ses activités, autour de Kaliningrad par exemple où l’Alliance a récemment déployé un dispositif aérien pour moins musclé.

« Les besoins sont considérables » : l’Ukraine toujours en quête de fonds pour financer son effort de guerre

Face aux coûts monumentaux du conflit avec la Russie, le prêt de 90 milliards d’euros consenti par les Européens en décembre 2025 pourrait ne pas suffire

Publié le 24 août 2026 à 19:30

Simon Carraud

Journaliste au service international

Volodymyr Zelensky s’est adressé aux soldats de l’infanterie navale ukrainienne lors d’une cérémonie célébrant le 35e anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine, lundi 24 août à Kiev.  –  Henry Nicholls/AP/Sipa Press

C’était le 19 décembre 2025, il n’y a pas si longtemps. « Nous avons conclu un accord visant à répondre aux besoins de financement de l’Ukraine pour les deux prochaines années », déclarait la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ce jour-là, les Européens se mettaient d’accord, après de tumultueux débats, pour prêter collectivement 90 milliards d’euros au gouvernement ukrainien.

Kiev avait donc suffisamment de liquidités pour voir venir jusqu’à la fin 2027 ? Pas si sûr. Volodymyr Zelensky a fait état samedi des besoins financiers qui subsistent. Le ministère de la Défense accuse un déficit de 27 milliards de dollars (environ 23 milliards d’euros) creusé par des dépenses budgétées pour le second semestre 2026 mais déjà effectuées dans les premiers mois de l’année, a écrit le chef d’Etat sur le réseau social X. Il a précisé « travailler sur cette question avec les Français et les Allemands », mais sans donner plus de précisions sur la teneur de ces discussions avec Paris et Berlin.

US Army : les choix de Pete Hegseth fragilisent la place des femmes et des officiers noirs

Depuis son arrivée au Pentagone, Pete Hegseth multiplie limogeages et blocages de promotions. Femmes et officiers noirs apparaissent particulièrement touchés.

Jean-Baptiste Leroux

Publié le 24 août 2026 

Depuis son arrivée au Pentagone, Pete Hegseth multiplie limogeages et blocages de promotions. Femmes et officiers noirs apparaissent particulièrement touchés. Wikipedia 

Depuis janvier 2025, Pete Hegseth a engagé une profonde transformation de la hiérarchie militaire américaine. Le secrétaire à la Défense affirme vouloir rétablir une promotion fondée exclusivement sur le mérite et les capacités opérationnelles. Mais plusieurs enquêtes montrent que ses interventions ont particulièrement affecté des femmes et des officiers issus des minorités. Une évolution qui alimente les interrogations sur la politisation du commandement militaire américain.

Des promotions de femmes au plus bas et des officiers expérimentés écartés

Les chiffres publiés cet été donnent une première mesure du bouleversement. Selon une analyse du New York Times publiée le 6 août 2026, qui constitue l’étude statistique de référence sur cette évolution, seulement huit femmes figuraient parmi les 201 candidats proposés cette année pour occuper de hauts postes militaires. Elles représentaient donc 4% des nominations. C’est moins de la moitié de la proportion moyenne enregistrée durant les dix années précédentes. Le quotidien américain souligne qu’un nombre limité de nominations suffit à faire varier le taux d’une année sur l’autre. Mais la proportion observée en 2026 reste la plus basse depuis au moins vingt-cinq ans. Ce recul tranche avec la situation aux grades inférieurs. Parmi les milliers de promotions concernant notamment les capitaines et les majors, la part des femmes atteint environ 23%. Leur présence dans l’armée américaine continue donc de progresser, tandis que l’accès aux plus hauts échelons se resserre fortement. L’enquête du New York Times attribue une partie de cette évolution aux décisions personnelles de Hegseth : au moins 40 promotions à des grades élevés auraient été empêchées d’arriver jusqu’au Sénat, qui doit confirmer de nombreuses nominations. Environ la moitié des officiers concernés seraient des femmes ou des membres de minorités.

Le phénomène ne concerne pas uniquement les promotions. Plusieurs figures importantes ont quitté brutalement le sommet de la hiérarchie militaire depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. En février 2025, le président américain a démis le général Charles Q. Brown de ses fonctions de président du Comité des chefs d’état-major. Brown était le deuxième Afro-Américain à occuper cette fonction. Dans la foulée, Hegseth a annoncé le remplacement de l’amirale Lisa Franchetti, première femme devenue cheffe des opérations navales, ainsi que du numéro deux de l’US Air Force et de plusieurs hauts responsables juridiques des armées. En avril 2025, la vice-amirale Shoshana Chatfield, représentante militaire américaine auprès du Comité militaire de l’Otan et première femme à avoir dirigé le Naval War College, a également été relevée de ses fonctions. Le Pentagone avait alors invoqué une « perte de confiance dans sa capacité à diriger ». Plus récemment, le 2 avril 2026, Hegseth a obtenu le départ immédiat du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, alors qu’il lui restait plus d’un an de mandat. Aucune justification détaillée n’a été rendue publique. Deux autres généraux ont été écartés le même jour. Ces décisions alimentent le débat sur les critères utilisés par le nouveau patron de la Défense.

La lutte contre le DEI transforme les critères de sélection au Pentagone

Cette politique s’inscrit dans une rupture assumée avec les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion, connus aux États-Unis sous l’acronyme DEI. Contrairement à ce qu’indiquent certains récits, leur démantèlement au sein de la Défense n’a pas commencé en mai 2025. Dès le 29 janvier 2025, Hegseth a signé un mémorandum intitulé Restoring America’s Fighting Force. Le document ordonnait l’élimination des bureaux et initiatives DEI et demandait que les recrutements et promotions soient fondés sur le mérite, les besoins des forces armées et les compétences individuelles. Le Pentagone défend depuis une approche qu’il qualifie de « color-blind » et indépendante du sexe des candidats. Mais une enquête de Greg Jaffe et Kate Kelly pour le New York Times, publiée le 19 juin 2026 et fondée sur des entretiens avec quinze responsables actuels ou anciens, décrit une procédure supplémentaire de contrôle des officiers destinés à être promus. Leurs interventions publiques, vidéos, articles ou anciennes prises de position sont examinés. Des engagements passés en faveur de la diversité peuvent alors devenir un obstacle. Le cas du contre-amiral Stephen D. Barnett est emblématique. Les dirigeants de la Navy le considéraient, selon cette enquête, comme leur meilleur candidat pour superviser les bases navales américaines dans le monde. Hegseth lui a pourtant préféré un autre officier, classé troisième par la hiérarchie. De précédentes interventions de Barnett sur la représentation des minorités avaient été relevées lors du processus de vérification.

Le débat dépasse donc désormais la seule question du DEI. Il porte sur l’indépendance politique d’une institution qui s’est historiquement efforcée de maintenir une séparation entre commandement militaire et engagement partisan. Les détracteurs de Hegseth craignent que l’adhésion aux orientations politiques de l’administration devienne un critère implicite pour accéder aux postes les plus élevés. Le secrétaire à la Défense rejette cette lecture et répète que ses décisions visent au contraire à restaurer une hiérarchie fondée sur l’efficacité opérationnelle. La nomination de l’amiral Daryl Caudle à la tête de la Navy illustre cette controverse. Officier expérimenté et ancien commandant de l’US Fleet Forces Command, Caudle dispose d’un parcours militaire conséquent. Il a officiellement pris ses fonctions de chef des opérations navales le 25 août 2025. Mais une nouvelle enquête du New York Times publiée en juillet 2026 rapporte qu’avant même la confirmation de Hegseth, Caudle lui avait proposé son aide pour préparer son audition au Sénat. Des responsables interrogés par le journal ont estimé qu’une telle démarche pouvait brouiller les règles traditionnelles de neutralité politique des hauts gradés. Le Pentagone défend pour sa part la qualification et le mérite de l’amiral. Au-delà des parcours individuels, c’est donc le fonctionnement même de la sélection des chefs militaires qui se trouve au centre de la controverse. Hegseth veut remodeler la culture de la Défense autour de ce qu’il appelle l’ »esprit guerrier ». Ses opposants redoutent que cette transformation réduise la diversité du haut commandement et installe durablement un critère de conformité idéologique au sommet de l’armée américaine.

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