Je suis un élève plutôt « dispersé » mais depuis l’âge de 15 ans je sais que serai militaire.
Je veux être marin! Mais mon envie d’intégrer l’école des mousses se verra déçue, mes résultats scolaires sont trop médiocres….
En 1974, à l’âge de 57 ans mon père décède d’un cancer laissant ma mère avec 4 enfants à charge, il me faut vite voler de mes propres ailes pour la soulager un peu.
C’est donc le 1er octobre 1975, à 17 ans et 11 jours, pour être précis, que je débarque à la gare d’Agen et fais mon entrée à l’EMIAT (Ecole Militaire Inter Armes des Transmissions). Je dois être le plus jeune de la promotion P40, ce qui me vaudra la bienveillance de mon encadrement !
Cependant, j’avoue m’être souvent posé la question de savoir comment avait-on pu ma candidature avec mon petit niveau de 4eme? Saint Gabriel probablement !
Rapidement, je suis dans mon élément, j’apprends et je travaille dur pour y parvenir et réussir. Après 16 mois d’école, je sors second au CT1 radio (Mon chef de section est l’Adjudant Lambert, moniteur para et ancien du BCT) et je choisis donc de servir au 61eme BCT de Pau.
Janvier 1977, nous serons 3 Sergents de cette promotion affectés en même temps au 61eme BCT et je dois dire que notre accueil à Pau sera plutôt froid! Les « sergents aux hormones » vont devoir faire leurs preuves! Après le passage à l’ETAP pour le brevet para en février 1977, je suis affecté au Groupement d’Instruction de Bayonne commandé par le Cne Puigbot (orthographe incertain) à la caserne Château Neuf.
J’y resterai 6 mois à l’incorporation et l’encadrement des jeunes appelé, mon apprentissage de jeune Sergent continue. A l’issue de ce détachement, je rejoindrai la CTP juste avant le déménagement du Bataillon sur Toulouse, caserne Pérignon pour devenir le 14e Régiment de Commandement et de Transmissions Parachutistes commandé par le Colonel Retat.
A mon arrivée au Bataillon en janvier 1977, j’ai un peu plus de 18 ans et ce jeune âge ne m’aidera en rien bien au contraire. Si bien que les deux premières années passées au régiment seront les pires que j’aurai eu à vivre de ma carrière car je me sentais plus « jugé» que « guidé». Je n’ai pas en tête un quelconque conseil ou attitude bienveillante de mon chef de section de l’époque et dont je tairai ici le nom.
Bien sur avec le recul, je sais aujourd’hui que c’était un passage obligé, que quelque part c’était « formateur » mais je sais aussi que cela guidera mes actions futures. Toute ma carrière j’essayerai d’apporter de l’importance à l’accueil et au suivi rigoureux mais bienveillant des jeunes cadres !
En octobre 1979 départ pour le sud Liban, 2 équipages radios (Sgt Pyrka et moi-même) intégrés à la compagnie de Transport du Capitaine Vasseur avec pour mission, l’escorte radio des convois. En 6 mois, presque 7 jours sur 7, les deux équipages effectueront chacun plus de 20000 kilomètres dans le Liban du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, en Israël et en Egypte. Encore aujourd’hui, cette mission reste celle qui aura le plus marqué ma carrière car c’est celle qui fera du jeune Sergent que je suis, un sous officier parachutiste. C’est aussi au cours de cette mission que je perdrai ma mère, sans pouvoir l’accompagner dans son dernier voyage.
Dans cette période le Régiment a quitté la caserne Pérignon pour la caserne Balma Ballon et la CTP est quasiment professionnelle. Quelque mois plus tard, la CTP quittera Balma pour rejoindre et s’installer dans la caserne Niel, à l’autre bout de la ville de Toulouse.
En octobre 1981 nouveau départ pour la FINUL sous les ordres du Lieutenant Roustit chef du Centre de Transmissions de Naqoura! J’aurai la chance d’être détaché plusieurs semaines à l’ambassade de France à Beyrouth sous les ordres de l’Adjudant Rouquier. Cette période dans la capitale libanaise restera pour moi mémorable. Beyrouth, bien que très détruite par les combats reste une ville fascinante et les Libanais si attachants!
Retour en mars 1982 pour apprendre ma mutation au 54eme RT d’Essey les Nancy !!! Evidemment ce genre d’annonce vous fait faire la grimace et nous avons tous connu ça !!!! Je quitte la CTP après 6 ans au tableau de Sergent-Chef et mon CM2 en poche.
Cette période en Lorraine est bénéfique en termes de formation et d’examens. En 1985 le 54e RT est dissout et après 3 ans je reviens à la CTP avec mon CT2 en poche. Affecté en qualité d’adjoint à la 1ere section radio de l’Adjudant Dumont dit « Beniat ».
En décembre 1985, je réembarque avec quelques autres « gabrimis » dont Thierry Pailler pour le Liban avec le 1er RCP de Souge qui constituera le REGFRANCE. Le PC du régiment est installé à Maarakeh, village à l’Est de Tyr, en pleine zone contrôlé par le Hezbollah. La mission fut une réussite mais nos successeurs du 9e RCP eurent moins de chance. Quelques semaines après leur installation le PC fut encerclé, canardé et isolé. Le Sergent-chef Tonnere en faisait partie.
Par la suite, je « sévirai » quelques 2 années comme adjudant d’unité sous les ordres de notre « Pompon » qu’il est inutile de présenter ici!
En 1988, j’irai faire un petit tour du coté BOUAR en RCA non pas en qualité de transmetteur mais comme adjoint à la plateforme du transit aérien. Changement de métier où j’apprendrai beaucoup en arrimage, guidage, etc…. Mais le trans-para sait être polyvalent !
Puis pendant deux années je dirigerai la FES radio tout en préparant le concours des Majors avec dans mon encadrement, entre autres, Bison et notre regretté Michel Brunel avec qui j’installerai la salle LMF et les formations qui vont avec.
En tant que Transmetteur, si je devais retenir une mission en particulier, celle qui me procura le plus de satisfaction : Ce fut la mise en œuvre d’une liaison TRCT2 ARQ entre Silopi (Sud Est Turquie) et Souge (3700 kms) dans le cadre de l’opération Provide Confort (1991). La réussite de cette liaison nécessitait la mise en œuvre de tout les savoirs faire acquis à la CTP. Il fallut étudier les courbes de propagation pour choisir les fréquences (une chance), tailler, souder pour fabriquer l’antenne réception, démonter le récepteur et l’installer sous tente…Tout ce que peut rêver un radio était à réussir. La prise de liaison fut 5/5, cette liaison dura plusieurs mois sans interruption.
Je ne vais pas énumérer ici l’ensemble de mes opex, missions, formations effectuées pendant mon temps à la CTP. J’aurai servi de Sergent à Major dans cette compagnie pendant plus de 18 années. Ma carrière, mes réussites sont miennes mais je sais que je les dois aussi à ceux qui furent mes chefs, à ceux qui furent mes exemples, mes repères, mes boussoles.
La 14e CTP c’est un peu ma maison, les gens que j’y ai côtoyés sont à jamais des amis, des frères, des papas, une famille!
La 11e CCTP en est la descendance et notre ANATAP en est la mémoire.
Thierry GROSJEAN












