Vidéo : https://youtu.be/tgO38vhIL5M?si=HcWNCYxPBCeLV3MU
il y a 74 ans, 3 octobre 1950, la bataille de la RC4
La chasse intervient sur le Na Kéo pour soulager les goumiers. Le 1er B.E.P. délaisse la cote 615 pour se porter à la rescousse du 11e Tabor. Le 11e Tabor n’est plus qu’une troupe laminée par les combats menés depuis 48 heures. Les rescapés se replient vers Na Pa et la R.C. 4. Vers le 1er B.E.P. convergent deux régiments de la brigade 308, l’unité phare du général Giap. Les légionnaires aménagent au mieux les tranchées existantes et creusent de nouveaux abris. Le lieutenant Meyer de la 2e compagnie est tué par une balle de mitrailleuse.
Le 5e Goum, harcelé par le TD 246 sur le Na-Kéo est quasiment décimé.
Au début de l’après-midi, les Viêts canonnent les positions du B.E.P. C’est le prélude à une série d’attaques massives destinées à réduire définitivement le Na-Kéo.
A 15 heures, c’est l’assaut au sifflet. L’adversaire à moins de 50 mètres, les légionnaires ouvrent le feu avec des MP 40 et des grenades défensives ; un straffing des King Cobra contribue à refouler les assaillants. De son côté le lieutenant-colonel Lepage est accroché sur l’autre versant de la cuvette de Dong Khé. Le Viet en force est partout disséminé.
Le jour décline, mais la nuit n’interrompt pas les assauts de la brigade 308, précédée d’une intense préparation de 75, une nouvelle vague arrive en hurlant suivie aussitôt par une autre.
Le combat fait rage. Segrétain demande l’autorisation d’évacuer le Na-Kéo mais Le Page refuse, arguant du sort de la colonne. De plus en plus de blessés encombrent le sommet du piton ; leur condition est tragique.
ils se dépensent au mieux avec les infirmiers pour soulager temporairement les blessés.
Sur ordre, le groupement du lieutenant-colonel Charton quitte sa position fortifiée de Cao Bang : il comprend le III/3e R.E.I., le 3e Tabor marocain, un bataillon de partisans thôs ; en tout 1 600 hommes, auxquels se joignent 500 civils. La colonne emprunte la R.C.4 et marche lentement. Des groupes de partisans, dont celui du 1er B.E.P. du caporal Constant et du sergent Hoï, éclairent la colonne. Mais la colonne avance au massacre. Le général Giap dispose d’une gigantesque embuscade sur la R.C.4 avec 30 000 hommes, dix fois l’effectif total des forces françaises.
Il y a 74 ans, 4 octobre 1951, la bataille de la RC4
Le 4 octobre 1950 vers 10 h du matin, après une marche de nuit épuisante, le 1″ B.E.P., les restes du 11’ Tabor et les survivants de la compagnies Feuillet parviennent sur une croupe au sud de 765. Devant ces événements, Lepage abandonne son premier plan. Sa décision est renforcée par l’arrivée du commandant Delcros. Après avoir erré seul avec deux goumiers toute la nuit, le commandant a réussi à atteindre le P.C. Il peut rendre compte de la position du B.E.P. et de l’extermination de son Tabor.
Lepage prend alors la décision qui va sceller le sort des armes. Il donne l’ordre de se réfugier dans le trou de Coc Xa : une cuvette profonde aux parois abruptes, jonchées d’éboulis. Une chance pour les Viets : lorsque Charton aura rejoint Lepage dans cette souricière, ils pourront massacrer tout le monde. Mais le chef du groupement « Bayard » estime que Coc Xa est le seul endroit, dans cette jungle, où l’on puisse se défendre et « tenir » jusqu’à l’arrivée de la colonne Charton. Ironie du sort, parti au secours de Charton, Lepage n’attend à présent son salut que de lui. En attendant, il étale son dispositif.
« Dès le 4 octobre, explique Charton, les liaisons s’étaient révélées à peu près impossibles. Les vacations radio n’étaient plus guère respectées. Dans la jungle épaisse, chacun suivait comme il pouvait celui qui le précédait, n’ayant qu’un souci, ne pas le perdre de vue. Les chefs ne commandaient plus que les groupes qui étaient tout près d’eux, et très difficilement le reste de leur unité. Le milieu de la colonne ignorait ce qui se passait en tête ou en queue ; peut-être même suivait-on une colonne égarée. »
Les hommes sont harassés. A la nuit, pour la première fois contact radio est pris avec le groupement Lepage. Charton découvre alors la gravité de la situation.
Pendant ce temps, dans le trou de Coc Xa, le gros du groupement « Bayard » reprend des forces. Avantage inappréciable, il y a de l’eau. On se désaltère, on compte les effectifs, on se regroupe, on attend Charton.
Lepage demande à Langson un parachutage de vivres et de munitions. Accueillis par les armes automatiques ennemies, les Junkers larguent leur cargaison trop loin, chez les Viets. Tout semble sourire à l’ennemi
Le B.E.P. est arrivé sur les hauteurs qui dominent Coc Xa. Rejoints par des rescapés du 11’ Tabor, les légionnaires s’apprêtent à descendre vers la vallée qui mène à la cuvette ; un message de Lepage, qui a changé d’avis, leur ordonne de rester sur place. Car, à Coc Xa, l’espoir renaît ; dans la nuit, Lepage a pu entrer en contact avec Charton. Le groupement de Cao Bang sera là dans la journée, au plus tard à l’aube du 6. Il était temps.
En réalité, l’étau viet se resserre. Giap a massé vingt à trente mille hommes autour de Coc Xa.
L’artillerie lourde ennemie – cadeau des Chinois – est prête. Bientôt elle entrera en jeu.
Mais Charton va arriver. Lepage ordonne à Segrétain de descendre dans la vallée et de prendre pied sur les pitons qui sont en face. Charton doit venir par là. Le B.E.P. le recevra. Commence alors la descente de nuit, par un sentier où ne passerait pas une chèvre. Harcelés sans fin, les légionnaires marchent à l’aveuglette. On ne voit rien. Des hommes tombent dans le vide.
Le Vietminh engage une vaste manœuvre d’encerclement des unités du groupement Le Page. L’état-Major de Le Page, le 1er Tabor et le 8ème RTM, poursuivis par le Vietminh, se dirigent vers une cuvette de quelques centaines de mètres de largeur située en altitude, entourée de calcaires et surplombant la vallée de Quang Liet et le hameau de Coc Xa. Le Page veut regrouper ses unités, souffler un peu en attendant Charton qui progresse dans sa direction.
Dong Khé n’ayant pas pu être repris, Charton reçoit l’ordre de quitter la RC4 au km 22, à Nam Nang, et de rejoindre par une ancienne piste la vallée de Quang Liet pour faire jonction avec Le Page. Charton peine à trouver la piste et perd du temps. Ses unités progressent en colonne par un en terrain inconnu. Dès qu’il rejoint la vallée de Quang Liet, le groupement Charton est pris à partie par des unités vietminh. Ralentie par la présence des civils, la colonne va progresser en suivant une ligne de crête qui domine la vallée de Quang Liet. La tête de la colonne Charton atteint la cote 590 le 5 octobre en fin de journée.
De son côté, le groupement Delcros (1er BEP et reste du 11ème Tabor) peine à rejoindre Le Page et se trouve isolé, errant dans un terrain chaotique. Il n’atteindra la cuvette de Coc Xa que le 6 octobre au matin après de très violents combats, toujours en brancardant ses blessés. L’état-major commence à s’alarmer de la lenteur de la progression du groupement Charton.
Extrait du livre d’Erwan Bergot :
« 4 octobre 1950 : le décrochage de Na Kéo vers la R.C. 4 commence vers 3 heures du matin. Une mauvaise pluie rend la pente excessivement glissante ; les légionnaires qui portent les brancards de fortune évitent difficilement les chutes ; les blessés précipités à terre se taisent.
Les retrouvailles avec la R.C. 4 redonnent espoir. Tirailleurs et goumiers rescapés du Na Kéo progressent en tête. Le 1er B.E.P. suit. Mais dans le défilé dit de la 73/2, dans la montée vers le col de Lung Phai, une embuscade se dévoile. Les Viets essaient de tronçonner la colonne Delcros. L’embuscade provoque une panique chez les goumiers et les tirailleurs traumatisés. Une intervention énergique des légionnaires du capitaine Garrigues fait refluer les Viets. Mais colonne est bloquée par un à-pic de 100 mètres.
Le lieutenant-colonel Lepage est installé sur la cote 765, point culminant du massif, sur la ligne faîtière séparant la cuvette de Dong Khé de la vallée de Quang Liet par laquelle doit déboucher la colonne de repli. Il demande au 1er B.E.P. de le rejoindre. Mais il décide de partir vers l’ouest en direction de Coc Xa, un hameau dans la vallée de Quang Liet, afin de se rapprocher de la colonne de repli. Mais la compagnie du 8e R.T.M. qui doit attendre le 1er B.E.P. sur la cote 765 décroche. Lorsque les légionnaires se présentent, ils sont reçus par des feux nourris de mitrailleuses. La piste descendant vers Coc Xa s’avère impossible.
Le commandant Pierre Segrétain a l’obligation de faire demi-tour. Il cherche un autre itinéraire. Avec les brancards et les blessés, tout en se gardant des Viets, la tâche devient inhumaine. Finalement, à minuit, le commandant Pierre Segrétain et son adjoint, le capitaine Pierre Jeanpierre, décident d’attendre le jour et d’exploiter une faille éventuelle.
L’ennemi veut absolument empêcher la jonction des deux colonnes et lance 30 bataillons contre celle du lieutenant-colonel LEPAGE qui a abandonné tout espoir de reprendre Dong-Khé, car ses bataillons, éparpillés dans la cuvette sous le feu des mortiers et des mitrailleuses ennemis, tentent de se regrouper dans les Calcaires de Coc Xa. »
